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Journées Scientifiques Inter-associatives ABSM-AFREE-ASPI-IFAB

Corps et Sensori-motricité:
Regard de familles et de professionnels

 

 

 

Introduction d'Adeline Dupin, secrétaire de l'ASPI et psychologue clinicienne à Nîmes

 

L'approche sensori-motrice pour soutenir l'autre : l'Art et la Manière

 

 

« Bonjour à toutes et tous,

 

Bienvenue ! Nous voilà enfin, nous avions hâte de vous retrouver ici, et nous vous remercions d'avoir répondu présents aussi nombreux à ces deux jours consacrés au thème : Corps et Sensori-motricité : regards de familles et de professionnels.

Le comité scientifique tient à vous remercier chaleureusement M. Benoit Roig de nous accueillir dans votre université nous avons été très bien reçus et nous sommes honorés d'être ici. Nous vous remercions aussi Monsieur Jonathan Del Monte, vous avez été notre interlocuteur pour l'organisation de ces journées, vous êtes enseignant-chercheur au laboratoire de psychologie Enact de l'université, vous interviendrez d'ailleurs demain matin pour une présentation d'un axe de vos travaux en lien direct avec notre thème. 

Je vous laisse la parole M. Roig [...]

Je vous remercie.

Alors, pour situer l'origine de ces journées : elles sont le fruit d'une coopération entre quatre associations : l'IFAB (institut de formation d'andré Bullinger), l'ABSM (association de formation au bilan sensori-moteur d'André Bullinger), l'AFREE (l'association de formation et de recherche sur l'enfant et son environnement) et l'ASPI (l'association scientifique de pratiques institutionnelles) dont je suis secrétaire.

C'est l'IFAB, qui nous a sollicités pour l'organisation de ces journées, et je tiens à remercier tout particulièrement Anne-Flore Devez, secrétaire de l'IFAB qui a passé un temps infini à tracer et à articuler nos échanges pour aboutir à ces journées, elle intervient d'ailleurs cette après-midi dans un atelier. C'est donc l'IFAB qui nous a sollicités afin de poursuivre un travail de sensibilisation et de réflexions sur les pratiques liées à l'approche d'André Bullinger. Nous remercions également l'IFME qui a accepté de nous aider dans cette organisation en vous proposant les pauses cafés, merci aux étudiants pour leur aide précieuse. Je remercie également Eléonore Perrin, artiste et enseignante en arts plastiques au collège de Beaucaire, qui nous a permis d'utiliser gracieusement son œuvre numérique pour la création des flyers et autres supports. Nous remercions aussi la librairie Nîmoise « Aux lettres de mon Moulin » qui vous propose à l'achat les ouvrages en lien avec ces journées, n'hésitez pas à aller faire un tour ! Enfin merci à Jean-François Coste, président de l'ASPI qui a donné beaucoup de son temps et de son énergie à la préparation de ces journées nîmoises.

Nous avons pensé ces journées dans une progression sur le développement de l'approche sensori-motrice : ce matin débutera donc par une présentation de l'approche, suivie d'exemples concrets de ce qu'elle peut être dans les pratiques professionnelles, ainsi qu'avec le précieux regard d'une maman d'enfant prématuré sur cette modalité de soutien thérapeutique. L'après-midi sera essentiellement consacrée aux ateliers, ce sont des plus petits groupes pour approfondir des sujets qui vous intéressent en particulier, pour vous permettre de poser plus facilement des questions et de pousser l'échange autour des pratiques. Nous nous retrouverons ensuite ici à 16h30, après les ateliers, avec Myrtha Martinet qui aura la difficile mission de la synthèse de la journée.

Demain matin nous élargirons le sujet avec un témoignage parent-professionnels des effets de la puberté dans l'autisme, puis deux exemples très différents de travaux de recherche mettant en évidence l'importance des processus sensori-moteurs, et enfin nous terminerons avec la question des aspects culturels sur les constructions des processus sensori-moteurs. Nous conclurons nos journées par une table ronde entre professionnels et parents d'horizons différents.

Alors tenez-vous bien nous démarrons... Je vais m'attaquer doucement au sujet en faisant un petit détour par la culture du soin.

L'expression « l'art et la manière pour soutenir l'autre » m'est venue à l'idée lorsqu'il a fallu que je parle de l'approche sensori-motrice. Alors pourquoi... L'art, bon, c'est à voir, est-ce un art que de soutenir l'autre ? Je pense que pour quelques rares professionnels, cela touche à l'art effectivement mais c'est surtout un labeur et c'est d'une difficulté extrême. Je pense que ce qu'il y a de plus difficile dans nos métiers, outre de tenir la distance, c'est de parvenir à toucher l'endroit juste chez l'autre pour le soutenir, à intervenir juste ce qu'il faut et au bon moment. 

Cela m'a fait penser à un concept de l'antiquité grecque dont j'ai beaucoup entendu parler cette année : le Kaïros. C'est le bon timing, le bon moment que l'on saisit pour agir. Avant c'est trop tôt après c'est trop tard, c'est l'opportunité, la bonne occasion. Il s'agit d'agir juste au bon moment pour que l'action atteigne la cible visée. Eh bien ce Kaïros, cela a constitué durant des siècles un savoir médical : celui de donner la juste dose de traitement au bon moment. C'est Hippocrate qui le disait il y a 2400 ans. Il était donc crucial en médecine, d'observer précisément le déroulé de la maladie et des crises, avec ses différentes phases, pour administrer au bon moment le traitement. Michel Foucault en parle dans ses cours. Cela m'a aussi fait penser au travail d'interprétation des psychanalystes, une interprétation ne doit être faite qu'au bon moment. 

Le mot Kaïros, vient de la racine « Keir » qui désigne la coupure, le tranchant, cela délimite etpartitionne, c'est une opération de précision. Tout comme dans le kaïros médical, l'approche sensori-motrice commence d'abord et avant tout par l'observation des patients, de la manière dont leurs corps se meuvent, interagissent avec leur environnement, humain et non humain. C'est d'abord l'art du regard et ensuite celui du geste. Il s'agit de trouver le bon geste au bon moment pour soutenir ou apaiser un sujet en souffrance, plutôt que de vouloir supprimer les symptômes de façon autoritaire. Et pour parvenir à une intervention juste, développer une manière de le faire me semble indispensable.

La manière a été un concept important dans l'art : l'artiste devait-il avoir une manière ou avoir du style ? Eh bien c'est le style qui a remporté la bataille. Le style est plus rationnel , il s'agit du maniement singulier des codes produisant du beau, il se situe plutôt du côté de l'esprit. La manière c'est au contraire la marque du corps de l'artiste, sa patte, sa main, son geste rendu visible dans son œuvre, son maniement du pinceau ou de l'archet. C'est moins définissable et plus subjectif. La manière n'est pas la technique. La maîtrise de la technique produit du bien fait, de l'agréable, du satisfaisant, mais pas une œuvre d'art avec une manière propre de l'artiste. La manière parvient à nommer ce qu'il y a de tout à fait singulier chez l'artiste mais en l'inscrivant et en l’imprégnant dans l'histoire des savoirs collectifs, donc dans la culture. Une manière, ça marque une histoire.

Quel est le rapport avec notre sujet me direz-vous ? Eh bien je pense qu'avoir une manière dans l'accompagnement des personnes en souffrance est primordiale. La technique ne suffit pas. Avoir ce que l'on pourrait appeler du « style » dans l'accompagnement n'a aucun intérêt, si ce n'est pour soi-même, pour se gargariser narcissiquement : connaître tous les protocoles, les derniers outils, les premières et les dernières théories ne servent en rien à l'autre s'il n'y a pas l'expression d'une manière propre à soi de soutenir la personne, un engagement subjectif. Il ne s'agit pas d'agir à l'intuition, au contraire. Une vraie manière, c'est cet équilibre d'une action subjective réfléchie qui s'appuie sur des savoirs transmis. Une manière d'accompagner peut même relier toute une équipe, en créant une partie de culture commune, en instituant une manière de regarder et de penser notre intervention auprès des personnes, qui se transmettra à chaque nouveau professionnel.

L'approche sensori-motrice permet de cultiver une manière de soutenir l'autre et d'être au monde avec la personne en dehors du verbal. Elle nous apprend à nous accorder pour agir en deçà du langage. Cela convoque notre propre corps pour le faire résonner avec celui du patient. Concernant l'accordage, j'ai appris il y a peu que l'objectif de l'accordage d'un piano, c'est de trouver la bonne manière d'ajuster la résonance entre chacune des notes en y insérant des défauts de justesse, en introduisant des altérations dans la justesse mais de façon équilibrée. Et pour ce faire, il y a ce que l'on appelle « des tempéraments » différents, c'est à dire, plusieurs manières d'arriver à cet équilibrage. 

Alors cela m'a fait réfléchir... Et si s'accorder l'un à l'autre c'était l'art de s'ajuster à l'autre en s'altérant un peu soi-même, chacun avec des tempéraments différents ? Sans doute sommes-nous contraints à nous laisser modifier par l'autre pour nous accorder, pas complètement bien-sûr, juste un peu mais de manière répétée. C'est il me semble à ce prix , que nous pouvons nous ajuster à l'autre si différent de nous, surtout s'il souffre, et que nous, non. Dans le travail éducatif, on essaie souvent, si ce n'est tout le temps, d'apprendre à l'autre à s'accorder aux autres. Il faut donc peut-être y penser, que ce que l'on est en train d'essayer de lui apprendre, c'est de s'altérer un peu, pour devenir un peu plus autre (c'est le sens étymologique), pour mieux le rencontrer cet alter... ego. Ce n'est pas simple, il y a une perte.

Gardons-nous de nous dés-altérer trop vite, évitons de devenir une matière pleine et inaltérable, un roc de savoirs, sans désir et donc sans vie. L'altération est nécessaire à la relation, pour que l'autre y trouve sa place. Ce n'est pas violent, c'est délicat et discret. On se transforme sans s'en rendre compte au contact de nos patients. C'est dans cette transformation que la rencontre se créé et l'approche sensori-motrice permet de nous aider à trouver le bon niveau d’altération, de modification nécessaire, pour que le patient se sente suffisamment à l'aise pour explorer son environnement et entrer en interaction. C'est une manière d'atteindre un partage d'expériences relationnelles plaisantes en en passant par les sensations elles-mêmes, tellement créatrices d'émotions. Ces émotions s'expriment dans le tonus, dans le corps, mais elles dépendent aussi de la manière de se tenir corporellement. C'est là que nous pouvons agir.

Pour observer et comprendre ces corps-émotion en interaction avec l’environnement il faut créer des espace-temps d'observation, car sinon tout est dilué dans l'agitation de la vie de l'établissement ou du service, ou même de la famille et on n'y comprend plus rien. C'est à partir de ces observations que l'on va pouvoir construire des hypothèses et proposer des expérimentations et des ajustements pour soulager le patient ou le mettre au travail. On invente donc souvent des ateliers autour du corps en mouvement et en relation. Je me souviens d'un enfant non verbal avec autisme, qui lors d'un atelier « mise-en-bouche » s'était saisi d'un gâteau et avait prononcé ce mot en jubilant « guilli-gâteau ». A partir d'une proposition corporelle autour de la zone orale, de la bouche, il avait fait une trouvaille : le plaisir d'être touché (les guillis) rejoint le plaisir de manger (le gâteau). Je me souviens d'un jeune adolescent qui pour rejoindre une table d'activité prenait toujours le même chemin, sans rien percevoir de la pièce, sans jamais déborder de ce fil imaginaire, eh bien ce jeune a découvert qu'en lançant un objet dans la pièce, en allant le chercher, il découvrait par hasard d'autres objets sur son chemin, les explorait et me les montrait, alors il a répété ce geste plusieurs fois, il a lancé cet objet à différents endroits pour trouver de nouveaux objets ; une fois cette exploration faite, il n'a plus eu besoin de lancer son objet-guide. Ce sont ce genre de moments que l'on recherche avec cette approche. Cela permet d'observer une situation, d'élaborer une hypothèse et de proposer une nouvelle situation d'exploration pour tenter pas à pas, à tâtons, d'enrichir la compréhension de soi et de son environnement.

Elle aide à comprendre : je me souviens de cette ado qui recherchait constamment les invariants de l'espace mais pas seulement, de tout en fait, qu'est-ce qui bouge et qu'est-ce qui reste stable ? Elle était à la recherche d'une logique de ces mouvements, des déplacements des objets et des personnes, indiquant une fragilité, un doute quant à la permanence de l'objet, et elle créait ses propres tests pour jubiler de la retrouvaille avec l'objet, elle se faisait ses petits plaisirs en cachant un objet préféré dans un recoin, puis en fouillant tout l'espace pour vérifier qu'il n'était bien « pas là », quel plaisir pris à le retrouver à l'endroit initial « Oh ! Ben voilà ! Elle est là la navette ! Hiiiiii » Oui il s'agissait en plus de l'image de la navette de la ville, cet objet en perpétuel déplacement sur un circuit. Je ne m'attarderai pas sur ses multiples détours conversationnels qu'elle pouvait prendre pour retrouver dans le discours des professionnels un déroulé logique et connu de leur histoire de vie et donc de leurs déplacements dans le temps et dans l'espace ! Lorsqu'elle était prise par l'angoisse, le vacillement de la permanence de l'objet la rendait confuse, elle se prenait alors à son propre piège, dans une course folle dans les larmes et les cris, vers un repère qui restabiliserait ses pensées et ses émotions, il fallait alors l'accompagner à reprendre tous les invariants connus, autant que nécessaires, jusqu'à l'apaisement.

Aujourd'hui nous vous présenterons donc des exemples approfondis de ce que l'approche sensori-motrice peut nous apporter dans la compréhension des troubles de nos patients.

Alors pour cela, je vous présente donc nos intervenants de cette première partie de la matinée : 

Marie-Françoise Livoir-Petersen est donc avec nous, elle est pédopsychiatre travaillant à la Réunion, au sein de l'association Frédéric Levavasseur auprès d'enfants en situation de handicap, elle est aussi coordinatrice des formations proposées par l'association Afrée, elle a écrit ou participé à l'écriture de plusieurs ouvrages et articles scientifiques sur notre sujet. Elle débutera donc notre journée avec une présentation de l'approche, son histoire et son évolution. Avec nous, nous avons aussi Sarah Makhlouf, elle est docteure en psychologie clinique et psychopathologie, travaillant auprès d'enfants avec autismes dans le Gard et membre de l'ASPI. Elle nous présentera un extrait de sa thèse sur le transfert et la sensorialité dans la thérapie d'un enfant avec autisme en institution.

En vous souhaitant de belles découvertes au cours de ce programme dont nous sommes très fiers, je passe la parole à Marie-Françoise. »

Introduction d'Adeline Dupin.pdf
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